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CES
ENTREPRISES QUI NE POURRONT JAMAIS DORMIR
La mondialisation a commencé lorsque l’homme eut
l’idée de se dresser sur ses pattes de derrière pour regarder
au loin les espaces à conquérir.
Ce singe dévoyé a toujours été poussé loin
de ses pénates par l’esprit de conquête. Mais avant de s’élancer,
le petit malin s’est haussé aussi du col en vertu du principe de
précaution. Il aimait déjà savoir où il allait mettre
les pieds quand il avait quatre mains.
L’homme de l’âge de pierre exportait des armes et des outils.
Les romains érigeaient des monuments aux confins de leur empire avec
des colonnes préfabriquées, montrant qu’ils maîtrisaient
l’import export et le transport des matières pondéreuses.
Les accidents de parcours ont parsemé le fond des mers et des fleuves
d’amphores et d’objet d’art, montrant que déjà
le bien-vivre et la culture n’avaient guère de frontières.
L’Europe balance aujourd’hui entre les irréductibles de deux
positions extrêmes qui finiront par en venir aux mains si nos dirigeants
ne trouvent pas vite un juste milieu.
Les uns appuient sur l’accélérateur. Ils voudraient aller
de l’avant sans trop se préoccuper des nations, des États
ni des états d’âme des populations. Les autres appuient sur
le frein. Ils sont effrayés par les migrations, les délocalisations,
les échanges commerciaux tous azimuts.
Aussi imaginatifs, intelligents et déterminés qu’ils puissent
être, ceux qui nous gouvernent ne pourront trouver les équilibres
souhaitables et les solutions possibles sans s’appuyer sur les entreprises
et les réalités.
On ne peut espérer vendre des produits et des services à l’étranger
sans se doter des structures nécessaires sur les points de consommation,
sans accepter la réciprocité et l’équilibre des échanges
que sont en droit d’attendre les pays impliqués.
Les contreparties de ces implantations externes sont nombreuses. L’expatriation
d’un certain nombre d’emplois, la soumission aux contraintes politiques
et sociales du pays d’accueil, la diversité d’origine des
personnels, le non retour d’une partie des profits sur leur sol d’origine,
font partie d’un indissociable paquet.
On ne peut vouloir les avantages de l’extension des marchés et
récuser les coûts directs et indirects de la dispersion des moyens.
Les contraintes qui en résultent pour la maison mère et les éléments
« déportés », ne sont pas négligeables. Notamment
les décalages horaires accroissent l’amplitude des heures «
œuvrées » de tous les services et personnels qui doivent traiter
l’information en temps réel ou avoir des contacts réguliers
avec des correspondants lointains.
La bourse, qui ouvre, ferme, monte et descend au rythme du soleil perturbe le
sommeil des dirigeants de ces entreprises qui sont des « empires de Charles
Quint » sur lesquels le soleil ne se couche jamais. D’où
résulte sans doute la tentation de faire payer au prix fort le coût
des insomnies !
Seules des entreprises géantes, dont les produits ou services ont une
forte valeur ajoutée, pouvaient jusqu’à un passé
récent se payer les structures adéquates.
Mais Internet et les possibilités massives de recueil, de traitement,
de stockage et de diffusion de l’information, en temps réel ou
différé, ont quelque peu changé la donne.
La plupart des structures industrielles ou commerciales se sont adaptées
en rénovant rapidement leurs méthodes et leur organisation. Celles
qui se sont accrochées à leur passé et leurs habitudes
sont mises à mal par des entreprises plus dynamiques et plus légères.
Dans une large mesure et de différentes manières l’économie
s’est « cérébralisée », désincarnée.
Des entreprises sans outil de production, sans entrepôts, sans stocks,
sans moyens logistiques propres, ont établi des circuits courts entre
les producteurs et les consommateurs. La mondialisation et les fuseaux horaires
leur font goûter des joies nouvelles liées aux astreintes, aux
permanences, à la gestion du temps. Cependant que le droit en reste parfois
au temps du cheval et du sémaphore !
Ces dynamiques entreprises nouvelles, qui ne dormiront jamais, resteront viables
en s’étoffant et en s’organisant pour laisser à leur
personnel…le temps de dormir.
Pierre
Auguste
Le 2 juillet 2008
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